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samedi 25 avril 2015

Chapitre 6 suite : Les prosommateurs arrivent !

En 2008 Nicolas Sarkozy défendait l’idée, qui a fait en partie son succès présidentiel, qu’il fallait produire plus pour gagner plus. Un séduisant concept qui avait fait le succès du capitalisme depuis deux siècles et que la révolution de mai 68 avait quelque peu jauni. Malheureusement pour lui ce concept ne fonctionne plus parce que gagner plus nécessite une productivité plus  performante et par conséquent une automatisation plus poussée qui presse l’emploi. Si celui-ci est en diminution, le pouvoir d’achat va dans la même direction, et si celui-ci chute la consommation est en baisse. Et lorsque la consommation ne suit pas la production est au ralenti. La boucle est bouclée, le système consumériste est grippé.
Ce cycle infernal incite certains acteurs économiques à agir autrement surtout si ce qu’ils produisent développe un savoir dans le cadre de la révolution numérique et de  l’économie collaborative qui en découle. Nous assistons au développement d’un modèle contributif. Le philosophe Bernard Stiegler a développé le concept de l’économie de la contribution qui met fin à la relation producteur consommateur en nous transformant en contributeur. En termes de consommation, nous sommes tour à tour producteur et consommateur, autrement appelé prosommateur. Ce terme provient du mot anglais prosumer créé dans les années 1980 par Alvin Toffler. L’idée était que le consommateur, devenu plus exigeant, souhaitait prend part à la production d’un produit sur mesure.
Avec la révolution numérique, en particulier les outils collaboratifs ou l’Internet des objets, nous assistons à une remise en cause totale de l’organisation classique de l’offre et de la demande et une accélération du nombre de prosommateurs. Ce n’est plus un choix de comportement d’agent économique mais un choix politique. De plus en plus d’exclus volontaires ou non du monde de l’emploi deviennent les premiers prosommateurs seconde génération, ils retrouvent ainsi l’estime d’eux et le goût du travail. Le mode de consommation contributive est plus durable, plus convivial, plus altruiste en dépensant moins, il n’a pas d’intermédiaire et génère des revenus différents. C’est aussi et surtout un bienfait pour l’environnement et une réponse à la société sans emploi. Nous avons par conséquent deux modèles qui se font face, le consumériste et le contributif, aujourd’hui les deux se mélangent (ex. Google ou BlaBlaCar) et cette situation restera ainsi jusqu’au jour où il n’y aura plus assez de pouvoir d’achat parce qu’il n’y aura plus suffisamment de salaire distribué dans l'économie. Ce sera la fin de l’époque de redistribution.
Deux questions originelles se posent à tous ceux qui réfléchissent à cette mutation économique. Tout d’abord  ces prosommateurs vont-ils créer des entreprises en intégrant une économie sociale et solidaire et en ne faisant pas de la profitabilité leur objectif premier ou vont-ils se transformer en start-ups en recherche permanente de toujours plus de profits ?  Enfin ces prosommateurs ne participent-ils pas à la condamnation à terme de l’emploi pour un travail sans règles et devoirs ou vont-ils engendrer un travail qui proposera une nouvelle approche plus autonome, créative et innovante. Pour Jeremy Rifkin, « les nouveaux entrepreneurs sociaux sont moins guidés par la main invisible et davantage par la main secourable. Ils sont beaucoup moins utilitaristes et beaucoup plus empathiques. » (La nouvelle société du coût marginal zéro p.457) Toutefois, nous pouvons penser que le prochain conflit culturel se fera entre les prosommateurs collaboratifs et les investisseurs capitalistes, à moins que les principaux contributeurs des deux camps ne finissent par se retrouver et s’allier.