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lundi 2 février 2015

Chapitre 2 SORTIR DE LA LOGIQUE DE CROISSANCE - La croissance est aux abonnés absents


2.

Sortir de la logique de croissance

 

La croissance est aux abonnés absents / La politique soi-disant salvatrice de l’offre / Le progrès est-il infini ? / Croissance et inflation / Et si l’absence de retour durable de la croissance était une bonne nouvelle ?

En entendant le Premier Ministre Manuel Valls nous rappeler très régulièrement qu’il n’y a pas d’alternative à la politique gouvernementale, il me revient à l’esprit le nom de la responsable politique qui a incarné le capitalisme de la fin du XXème siècle : Margaret Tatcher. Elle avait pris pour slogan de sa politique d’austérité : « There is no alternative » (TINA). Les majorités qui nous gouvernent depuis plusieurs décennies proviennent de familles politiques différentes mais leurs politiques ont une même inspiration. Il faut tout faire pour avoir un maximum de croissance car sans elle notre société est condamnée à péricliter. Ne faisons-nous pas fausse route et n’arrivons-nous pas au bout de cette période intermédiaire ? Le capitalisme, et pourquoi pas le socialisme de la production, sont-ils sur le point de devenir des théories du passé ?

La croissance est aux abonnés absents
Le gouvernement socialiste s’évertue à nous faire croire que la croissance va revenir, comme le faisait les précédents gouvernements sous des majorités différentes. Ils nous trompent depuis tant d’années et depuis autant d’années ils essaient d’acheter la paix sociale par des déclarations qui ne sont mêmes plus écoutées par le peuple. Notre croissance est quasiment nulle, et ce n’est ni la santé économique européenne, ni les diktats de l’Allemagne qui vont nous aider. Il est temps d’expliquer aux Français que la croissance est au mieux modérée, autour de 1%, et que même une poussée inhabituelle ne permettrait en aucune façon de retrouver le plein emploi. Le Pacte de responsabilité du gouvernement Valls pourra au mieux créer 200 000 emplois seulement. Que vont devenir alors les millions d’inactifs qui sont au bord de la route et qui se rendront compte une nouvelle fois que toutes ces promesses ne valaient rien. Il va bien falloir un jour avoir un discours de vérité : pas celui que l’on nous sert constamment sur les efforts que nous allons tous devoir faire, mais bien un discours économique sur la théorie de la croissance.
L’économie est une science et les derniers travaux de Thomas Piketty apportent des analyses précises sur la croissance des deux derniers siècles. Depuis le début de l’ère moderne, la croissance normale est de 1 à 1,5% par an, au-dessus nous nous retrouvons dans des périodes exceptionnelles, comme celle de l’après guerre pour l’Europe ou de rattrapage accéléré pour la Chine de la fin du XXème siècle, avec 3 % ou plus. Une croissance de l’ordre de 0,1 à 0,2% quant à elle ne transforme quasiment pas la société, et se pose alors un problème de répartition et de redistribution des richesses. Pour les décennies qui viennent la croissance mondiale sera de nouveau autour de 1% si de nouvelles sources d’énergie permettent de remplacer les actuelles. Avec 1% de croissance annuelle, une société se renouvelle profondément mais ne résout pas la pandémie du chômage de masse. Sur trente ans, soit un peu plus d’une génération, la croissance cumulée est de l’ordre de 35% et permet l’apparition d’un monde économique totalement différent. Que de changements dans notre vie quotidienne depuis l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir, et sans avoir les taux de croissance des Trente Glorieuses ! Cette période est trompeuse car, inscrite dans notre imaginaire collectif, elle nous permet de croire qu’il est possible de retrouver cette forte croissance. Rappelons qu’elle était la conséquence de conflits militaires sans précédents. Tout cela est illusoire, cet âge d’or est derrière nous et un retour d’une telle croissance serait la conséquence d’un nouveau conflit militaire majeur, bref le risque d’une évolution mortelle pour la planète.
Il n’est pas question de nier qu’il vaut mieux une croissance de 1% qu’une croissance nulle, et qu’elle génère des bienfaits, mais fonder toute une politique sur un retour de la croissance et ce dans un monde de sous-emploi et de pollution est au mieux une erreur de diagnostic, ou au pire une faute grave qui mérite le renvoi de ceux qui nous gouvernent. Avec des taux de productivité de l’ordre de 3% par an et une démographie qui génère un solde entrants / sortants du marché du travail toujours positif, une croissance « normale » serait de toute façon insuffisante. Alors avec une croissance aux abonnés absents …
Notre richesse n’est plus dans la croissance matérielle ou dans l’accumulation des biens. Nous vivons la fin de l’économisme triomphant.